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Mon premier triathlon

novembre 2006, par Francky

Histoire de ne pas trop avoir la pression, et surement parce que je suis un peu excessif sur les bords, je m’étais mis un paquet de handicaps : je n’étais pas monté sur un vélo depuis plus d’un an, et pas de vélo course mais un VTT bien lourd avec de gros pneus crantes prete par un ami, et une bonne fete la veille ou je me couche a 3h30 du mat apres un bon gros ‘cigare’, histoire de bien dormir, deux petites heures. 5h30 le reveil sonne, la je doute, j’hesite, y a des cloches j’entends l’angelus, mais je me leve, la gueule dans le cul. Mes colocs reviennent de la fete, le jour se leve aussi. Oups 1ere surprise du matin le pneu arriere du VTT-tracteur est degonfle, heureusement que j’ai la pompe. Sur le trajet j’admire les lumieres du petit matin, y a pas grand monde dehors, tout est calme. Une heure plus tard j’arrive au depart du triathlon, le stress monte d’un cran. Je sors le velo pour rejoindre la plage de Gosier, et la merde : le pneu arriere n’est pas degonfle, il est creve ! Le depart est dans 1/4h. J’essaye de ne pas paniquer, et aussi de rester digne. Je dois etre le seul a etre venu en VTT sur les 250 concurrents inscrits. Tous les autres ont des super velos courses, des chaussures speciales, des lunettes speciales, des tenues speciales, plein de trucs speciaux. Apres un appel au haut-parleur et une attente interminable, un genereux concurrent, mon sauveur, je lui aurais presque saute au cou, m’apporte une bombe anti-crevaison : avec ca je devrais pouvoir faire 4-5 km sans soucis, apres ce sera inch Allah…Une fois marque mon numero au gros marqueur noir sur l’epaule et la cuisse pour la natation, Je me precipite vers la plage apres avoir depose mon velo et le materiel. J’enfile mon bonnet de bain jaune, et rejoints alors les autres triathletes deja tous prets a plonger. Petit moment de solitude, surtout ne pas se demander ce qu’on fout la a 7h30 du matin sur une plage avec des mecs et des nanas aux corps parfaits qui discutent de leur derniere competition. Respirer profondement, fermer les yeux et se dire que ca va etre chouette. Le depart. 80 bonnets jaunes qui se precipitent dans l’eau en meme temps, ca eclabousse grave. Bien sur je laisse tout le monde passer devant moi, mais suis quand meme aspire : je n’ai pas encore fait 30m en crawlant que je me mange un pied en pleine tete qui envoie balader mes lunettes et m’arrete net. Le temps de retrouver les lunettes dans l’eau trouble, de repartir piano en nage indienne, bien calme, de me retourner…, et de constater que je suis en derniere position, eh merde ca commence fort ! Ma fierte est touchee. Je repars en crawlant, les exces de la veille me genent, j’ai du mal a respirer, mais la y a urgence. J’en rattrape une bonne douzaine avant de sortir de l’eau, completement dessaoule, ca y est je suis dedans. Je me rue degoulinant vers mon VTT-tracteur, constate avec plaisir au passage qu’il reste encore quelques autres velos, et ensuite que ma roue arriere s’est redegonflee : la salope ! J’avais pense au gonfleur : j’en remet en coup, je pompe, pendant que les derniers sortent de l’eau et enfourchent leurs becanes a deux briques et me sourient en passant, rhaaahhh putain ca commence tres fort !!! Je cherche ensuite mes basketts pendant deux bonnes minutes dans le bordel general du parc a velo, et envisage meme serieusement a un moment de partir pieds nus sur le VTT, avant de les retrouver. J’ai oublie ma serviette, je m’essuie les pieds plein de sable avec mon short, et enfourne enfin mon velo, putain j’ai perdu 5 min avec ces conneries, pour etre stoppe net par un mec de l’organisation qui me demande de changer mon maillot de cote, sous peine d’etre « immediatement disqualifie ». J’ai vieilli, il y a 10 ans je lui aurais envoye mon VTT-tracteur dans la figure. La je lui souris, et m’execute. Enfin je repars ! Faut rejoindre le Raizet pres de l’aeroport par les « Grands Fonds », bref ca monte et ca descend, 20 bornes, mais quand meme ca monte plus souvent. J’ai la chance de me faire rattraper par un mec : je m’accroche a sa roue en serrant les dents. On en rattrape un, puis deux, puis trois, et mon moral commence a remonter, pendant que le soleil debarque en force. Premiere grosse cote, et je constate alors avec bonheur que mon putain de VTT-tracteur refuse de changer de plateau : je vais devoir me faire toute la cote sur le grand plateau ! Mes cuisses hurlent, mon sang bout, je m’arrache comme un tare a 2 a l’heure en laissant partir le groupe avec qui j’etais ! merde merde ! Arrive en haut, a moitie mort, les yeux exhorbites, c’est pour constater que la roue arriere s’est redegonflee ! Plus de gonfleur. Je vais devoir me farcir les 10 bornes restantes avec une roue a plat, genial ! Je suis au bord de l’hysterie, j’en ai presque les larmes aux yeux. Si j’etais croyant y aurait quelques insultes qui seraient deja parties droit au ciel. Tous mes efforts ne meritaient pas ca. Je continue la rage au ventre, j’appuie comme une brute sur les pedales, j’en reprends deux qu’ont pas l’air tres en forme. Enfin l’arrivee, je rentre dans le quartier de l’aeroport, trop heureux d’en finir avec cette epreuve, et…je me plante a un carrefour, pour une fois il n’y a personne pour indiquer quand je passe : il faut tourner et je vais tout droit. Je suis dans l’euphorie du final, je ne m’en rend compte qu’un kilometre plus loin. Grand moment de detresse, j’en viens a me demander si je suis maudit. Je me repete dans la tete « putain c’est pas vrai, c’est un cauchemar ». Je reviens sur mes pas, pour finalement retomber sur le carrefour ou j’avais merde. 5 bonnes minutes de perdues. Cette fois y a un mec, a qui j’adresse un « espece de connard » qui fait du bien. J’arrive enfin ! Suis chaud comme la braise, les crocs sortis. Je range mon VTT-tracteur, mon casque et me rue vers le depart de la course a pied, pour me heurter a un officiel qui menace de me mettre une penalite de temps si je ne retourne pas one more time mon maillot-dossard ! ouarf la bonne blague. Qu’est ce que j’en ai a foutre de sa penalite ! J’ai pas besoin de lui pour m’en foutre des penalites ! Mais je m’execute. Il m’aurait demande de lui faire 50 pompes que je l’aurais fait, j’irai au bout maintenant. J’entend le speaker m’encourager d’un « allez franck ! » qui fait du bien. Le parcours pedestre est vallonne. Reste encore 6 km. Passe le moment de raideur dans les cuisses, je donne tout ce que j’ai encore dans le sac, apres la nage et le velo apocalyptiques ou je n’ai pas pu me livrer a fond, plus la peur de ne pas finir, j’en ai encore sous le pied. Je remonte 6 concurrent(e)s. La chaleur est terrible, pas un souffle d’air. Je sens la mecanique qui s’affole. J’avance comme au ralenti. On en chie tous grave, du premier au dernier. J’arrive enfin, j’apercois l’arrivee, de plus en plus proche, surtout ne pas s’arreter, tenir. Je remonte une concurrente que je rattrape sur la ligne. J’ai les larmes aux yeux, des larmes de bonheur, je savoure le moment. Je l’ai fait. Une nouvelle decouverte de moi-meme et de mon corps. Je bois cul sec ou presque deux bouteilles d’eau, avant de m’etirer les membres. Je degouline comme si j’etais en train de fondre. On est tous dans le meme etat a l’arrivee. Les professionnels (y a quand meme un vice-champion du monde, un champion d’europe et le champion de France) qui avaient le parcours plus long deboulent de l’epreuve cycliste pour se ruer sur leurs basketts. C’est tres impressionnant, tres beau, eux aussi en chient grave. A l’arrivee, un peu plus tard, le 1er attend le second, puis ils attendent le troisieme, qui s’ecroule la ligne passee, avant de s’asperger le corps de flotte pendant 1/4h. Une heure plus tard, douche, il est frais et dispo, souriant. Y a pas de navette pour rejoindre ma bagnole, et je suis seul. Je dois donc reprendre mon VTT-tracteur adore et rejoindre la plage de Gosier, bref encore une bonne douzaine de bornes dont de la route nationale. Mais je suis bien, soulage, fier un peu. J’adore ce sport et l’etat d’esprit qu’il y a autour. Le coup de cœur. Sur je le referai l’annee prochaine, mais cette fois sans handicaps. Super organisation, super esprit sportif, sens de l’entraide, de la solidarite, que du positif et des gens biens dans ce milieu.

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« Toutes les ténèbres du monde réunies ne peuvent étouffer la lueur d'une seule petite bougie. ».... Ancien proverbe persan.